L’attachement : comprendre son impact sur nos relations adultes
- marinelouvel
- 5 mars
- 3 min de lecture
On parle beaucoup d’amour, de relations, de dépendance affective, de peur de l’abandon… Mais on parle encore trop peu de ce qui se joue à la racine : l’attachement. Et pourtant, l’attachement nous concerne tous. Absolument tous.
Avant même de savoir parler, avant même d’avoir des souvenirs conscients, notre cerveau apprend une chose essentielle :
Est-ce que le monde est un endroit sûr ?
Est-ce que les autres sont fiables ?
Est-ce que je peux compter sur quelqu’un quand j’ai besoin ?
C’est là que tout commence.
D’où vient la théorie de l’attachement ?
La théorie de l’attachement a été développée par le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby dans les années 1950, puis approfondie par la psychologue Mary Ainsworth.
Leur idée est simple (et révolutionnaire à l’époque) : Un enfant a un besoin vital de sécurité affective. L’attachement n’est pas un “caprice”. C’est un besoin biologique, au même titre que manger ou dormir. Un enfant qui pleure ne manipule pas. Il cherche à survivre.
Concrètement, qu’est-ce que l’attachement ?
L’attachement, c’est le lien émotionnel profond qui se construit entre un enfant et ses figures principales de soin (parents ou substituts).
Quand un enfant a peur, mal, faim ou besoin de réconfort, il cherche la proximité de cette figure d’attachement.
Si l’adulte répond de manière :
suffisamment régulière
suffisamment cohérente
suffisamment rassurante
Alors l’enfant intègre quelque chose de fondamental :
“Je peux compter sur quelqu’un. Je ne suis pas seul face au danger.”
Et cela va structurer toute sa manière d’entrer en relation plus tard.
Les différents types d’attachement
Les recherches montrent que nous ne développons pas tous le même style d’attachement.
On distingue principalement :
1 - L’attachement sécure
Les études menées depuis les années 1970 en psychologie du développement montrent qu’environ 50 à 60 % des enfants développent un attachement sécure.
Cela signifie que :
L’enfant a globalement reçu des réponses adaptées à ses besoins.
Il a appris qu’il pouvait demander de l’aide.
Il a développé une base intérieure de sécurité.
À l’âge adulte, cela donne souvent :
Une bonne capacité à faire confiance.
Une aisance relative avec l’intimité.
La possibilité d’être autonome sans se sentir abandonné.
Important : Sécure ne veut pas dire enfance parfaite. Cela signifie simplement que l’environnement était suffisamment sécurisant.
2 - Les attachements insécures
Environ 40 à 50 % de la population développerait un attachement insécure.
Cela ne signifie pas que les parents étaient “mauvais”. Cela signifie que les réponses aux besoins de l’enfant ont été :
incohérentes
imprévisibles
insuffisantes
inadaptées
ou parfois intrusives
On distingue plusieurs formes d’attachement insécure (évitant, anxieux, désorganisé), mais sans entrer dans trop de détails ici, on peut les résumer ainsi :
L’enfant apprend par exemple que :
“Je dois me débrouiller seul.”
ou “Je dois m’accrocher très fort pour ne pas perdre l’autre.”
ou “Le lien est imprévisible et parfois effrayant.”
Et ces apprentissages ne disparaissent pas avec l’âge.
Ils deviennent des modèles relationnels.
Pourquoi l’attachement nous concerne encore à l’âge adulte ?
Parce que l’attachement ne s’arrête pas à l’enfance.
Il influence :
Nos relations amoureuses
Notre manière de gérer les conflits
Notre rapport à la dépendance
Notre peur du rejet
Notre capacité à demander de l’aide
Notre tolérance à la distance
Il influence aussi notre relation à nous-même.
Par exemple :
Ai-je le droit d’avoir des besoins ?
Ai-je le droit d’exister émotionnellement ?
Dois-je mériter l’amour ?
Dans mon cabinet, je vois très souvent des adultes qui arrivent avec une problématique spécifique (familiale, liée au travail, à la vie de couple... etc.). Bien souvent, on met progressivement en lumière un modèle d’attachement construit très tôt. Et ce modèle n’est pas une fatalité. Mais il mérite d’être compris.
Pourquoi aller explorer son attachement ?
Parce que tant qu’on ne creuse pas le sujet, on répète.
On répète :
Les mêmes conflits.
Les mêmes peurs.
Les mêmes choix de partenaires.
Les mêmes schémas.
Explorer son attachement, ce n’est pas chercher un coupable. C’est chercher du sens.
Et dans un espace thérapeutique sécurisé, il devient possible de :
réparer certaines insécurités,
développer davantage de sécurité intérieure,
transformer ses relations.
Dans un prochain article, j’aborderai plus en détail ce que l’on appelle les blessures d’attachement et surtout les stratégies de survie que nous mettons en place enfants… et qui peuvent devenir encombrantes à l’âge adulte.
Parce que ce que nous appelons aujourd’hui “problème relationnel” est souvent, à l’origine, une tentative brillante de survie.





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