Difficultés à avoir un enfant : quand le désir de grossesse devient une épreuve
- marinelouvel
- 24 août
- 5 min de lecture
Quand on décide d'avoir un enfant, on imagine rarement à quel point le chemin pour y parvenir peut devenir compliqué.
On arrête la contraception. On imagine que cela prendra peut-être quelques semaines, quelques mois. On se projette déjà un peu, parfois beaucoup.
Et puis les mois passent.
Un cycle. Deux cycles. Six mois. Un an. Parfois plusieurs années.
Pour certains, les examens commencent rapidement. Pour d'autres, il faut du temps avant d'oser consulter. Certains connaissent parfaitement leur cycle, leurs résultats d'analyses et le vocabulaire de la fertilité. D'autres ne savent pas encore très bien vers qui se tourner. Certains entrent dans un parcours de PMA. D'autres apprennent qu'il existe une cause médicale. Et parfois, malgré les examens, aucune explication claire n'arrive.
Chaque parcours est différent. Et pourtant, certaines émotions traversent beaucoup de ceux qui vivent cette attente : l'espoir, l'inquiétude, la frustration, parfois la colère, et surtout ce sentiment particulièrement difficile de ne pas maîtriser ce qui est en train de se passer.
Une attente qui se vit souvent en silence
La difficulté à avoir un enfant possède une particularité : elle peut rester longtemps invisible.
Quand on commence à essayer d'avoir un bébé, on ne prévient généralement pas tout son entourage. Le projet appartient d'abord à l'intimité du couple.
Alors, quand cela ne fonctionne pas, il faut parfois continuer à vivre normalement avec quelque chose qui, intérieurement, prend de plus en plus de place.
On travaille. On voit ses amis. On va aux repas de famille. On répond que « oui, ça va ».
Et puis quelqu'un demande, sans forcément penser à mal : « Et vous, le bébé, c'est pour quand ? »
Une question anodine pour celui qui la pose peut être extrêmement douloureuse pour celui ou celle qui la reçoit.
Parce que derrière cette question, il y a peut-être déjà des mois d'attente. Des tests de grossesse négatifs. Des rendez-vous. Des examens. Une grossesse qui s'est interrompue. Un parcours de PMA déjà bien engagé. Ou simplement cette question qui commence à faire peur : « Et si ça ne marchait jamais ? »
L'espoir, puis la déception… encore et encore
Lorsqu'une grossesse se fait attendre, les cycles peuvent progressivement rythmer le quotidien.
Attendre la bonne période. Espérer. Observer son corps. Interpréter le moindre signe. Attendre encore.
Et puis, à chaque cycle où la grossesse n'a pas commencé, voir revenir les règles. Avec elles, parfois bien plus qu'une simple déception : de la tristesse, de la colère, du découragement, un sentiment d'échec ou d'injustice.
Et recommencer.
Cette répétition peut être psychologiquement épuisante, notamment parce qu'elle confronte à quelque chose de particulièrement difficile : ne pas pouvoir tout maîtriser.
Certaines personnes réagissent en cherchant énormément d'informations, en suivant précisément leur cycle, en multipliant les démarches et en essayant de comprendre tout ce qu'elles peuvent comprendre.
D'autres repoussent au contraire les examens ou les rendez-vous médicaux, parce qu'ils font peur, parce qu'ils rendent la difficulté plus réelle ou simplement parce qu'elles ne se sentent pas encore prêtes.
Il n'existe pas une seule bonne manière de traverser cette période.
En revanche, lorsque l'attente devient pesante, il peut être important de ne pas rester seul avec elle. Un accompagnement médical permet d'explorer la question de la fertilité et les possibilités adaptées à chaque situation. Un accompagnement psychologique peut, en parallèle, aider à traverser ce que cette incertitude vient provoquer émotionnellement.
Quand les grossesses des autres deviennent difficiles à vivre
Et pendant ce temps-là, autour de vous, des bébés arrivent.
Une amie annonce sa grossesse.
Votre sœur attend son deuxième enfant.
Un couple raconte qu'il ne s'y attendait absolument pas.
Vous pouvez être sincèrement heureux pour eux… et sentir quelque chose s'effondrer à l'intérieur de vous.
Ces deux réalités peuvent coexister.
Vous pouvez aimer profondément une amie et ne pas réussir à entendre parler de sa grossesse aujourd'hui.
Vous pouvez être heureux d'une naissance et ressentir en même temps de la tristesse, de la colère, de l'envie ou un profond sentiment d'injustice.
Vous pouvez décliner une baby shower parce que vous savez que ce sera trop difficile cette fois-ci.
Cela ne dit pas que vous êtes une mauvaise personne.
Cela dit simplement quelque chose de l'endroit où vous en êtes, vous, à ce moment-là.
Et cette ambivalence peut être d'autant plus difficile à vivre qu'elle s'accompagne souvent de culpabilité : « Je devrais être contente pour eux. »
Vous l'êtes peut-être. Mais vous avez aussi mal pour vous.
Dans le couple aussi, chacun peut vivre un parcours différent
La difficulté à avoir un enfant concerne le couple, mais elle n'est pas nécessairement vécue de la même façon par les deux partenaires.
L'un peut avoir besoin d'en parler beaucoup quand l'autre préfère ne pas y penser en permanence.
L'un peut vouloir engager rapidement des démarches quand l'autre a besoin de davantage de temps.
L'un peut exprimer beaucoup sa souffrance quand l'autre semble continuer sa vie presque normalement.
Et cela peut créer des incompréhensions :
« J'ai l'impression d'être seul(e) à porter tout ça. »
« J'ai l'impression qu'il/elle ne comprend pas à quel point c'est difficile pour moi. »
Pourtant, ne pas réagir de la même manière ne signifie pas nécessairement ne pas souffrir.
Les hommes aussi peuvent se sentir impuissants, inquiets, coupables, atteints dans leur estime d'eux-mêmes ou avoir des difficultés à parler de ce qu'ils vivent.
Et lorsque les examens ou les traitements deviennent plus nombreux, la charge physique peut être très différente entre les deux partenaires. Là encore, pouvoir mettre des mots sur ce décalage peut devenir essentiel.
Quand le désir d'enfant envahit progressivement toute la vie
À mesure que le parcours avance, le projet bébé peut finir par déborder sur tout le reste.
Le rapport au corps peut changer.
La sexualité peut devenir moins spontanée lorsqu'elle s'organise autour des périodes fertiles ou des protocoles médicaux.
Les projets peuvent être repensés en fonction d'une éventuelle grossesse.
Les rendez-vous médicaux prennent de la place.
Certaines remarques de l'entourage deviennent difficiles à supporter.
Et parfois, on finit par avoir l'impression que toute sa vie est suspendue à l'arrivée de cet enfant.
C'est aussi à cet endroit qu'un accompagnement psychologique peut avoir du sens.
Pas pour « arrêter d'y penser ».
Pas pour apprendre à être suffisamment détendu pour que, comme on l'entend malheureusement encore parfois, « ça finisse par arriver ».
Et certainement pas parce que la difficulté serait « dans votre tête ».
Mais pour disposer d'un espace dans lequel vous pouvez parler de ce que vous vivez réellement.
De la peur.
De l'injustice.
De la colère.
De la culpabilité.
De la jalousie parfois.
Du rapport à votre corps.
De votre couple.
De l'espoir que vous avez peur de perdre.
Ou simplement de votre fatigue d'avoir à tenir.
Vous n'avez pas besoin d'attendre d'aller très mal pour en parler
Il n'est pas nécessaire d'être engagé depuis plusieurs années dans un parcours de PMA pour avoir le droit de trouver cette période difficile.
Il n'est pas non plus nécessaire d'avoir reçu un diagnostic d'infertilité.
Vous pouvez être au tout début des questionnements.
En attente d'examens.
En parcours de PMA depuis plusieurs mois ou plusieurs années.
Après plusieurs échecs.
Face à une infertilité inexpliquée.
Ou simplement à cet endroit inconfortable où vous commencez à vous dire :
« Ça fait un moment maintenant… pourquoi ça ne fonctionne pas ? »
La médecine a évidemment toute sa place pour explorer les causes éventuelles, informer et proposer, lorsque cela est nécessaire, une prise en charge adaptée.
Mais il y a aussi tout ce qui se passe autour.
Tout ce que les examens ne mesurent pas.
Et parfois, tout ce que l'on n'arrive plus à raconter à ses proches.
Un espace thérapeutique peut être cet endroit : un lieu où vous n'avez rien à minimiser, rien à justifier, et où vous pouvez déposer ce que ce parcours vous fait vivre, individuellement ou en couple.





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